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Joël Caer et Gilbert Loaec, aux bons souvenirs de la Diagonale des Fous

Le mois dernier, Joël Caer et Gilbert Loaec ont terminé la Diagonale des Fous. Une prouesse assez incroyable de la part des deux amis bretons qui se sont remémorés ce moment dans nos colonnes.

Ils l’ont fait ! Ils sont bien finishers de la Diagonale des Fous ! Cette course impitoyable qui vous fait passer par tous les états et qui vous fait surtout entrer dans une nouvelle dimension. Joël Caer et Gilbert Loaec ont parcouru les 165km de cette épreuve hors du commun et gravi les quelques 9 700m de dénivelé en un petit peu plus de 50h. De quoi s’offrir même une magnifique place d’honneur en terminant devant un certain Laurent Jalabert ! 

Une anecdote qui fait aussi tout le charme de cette Diagonale des Fous qui rassemble des milliers d’athlètes venus du monde entier pour en découdre. Mais aussi pour se surpasser. Et à ce petit jeu-là, Joël et Gilbert sont très expérimentés. Après avoir participé à différentes épreuves du même genre, les deux Bretons se sont donnés comme défi de terminer cette Diagonale des Fous. Une grande première pour celui qu’on surnomme Chico (ne me demandez pas pourquoi, même sa fille ne le sait pas !) tandis que Joël a lui terminé cette épreuve pour la deuxième fois en trois participations. 

Un trek pour se mettre en jambes avant la Diagonale des Fous

Tout a commencé il y a un an pour toute la Team de Breizh sport aventure et notamment pour les trois amis bretons, Joël, Gilbert et Christelle, qui avait évoqué la Mascareignes dans nos colonnes. Mais le Covid avait eu raison de la Diagonale des Fous 2020 et les Finistériens devaient donc attendre 2021 pour tenter leur chance. Pour préparer au mieux cette redoutable épreuve, ils avaient fait des blocs d’entrainements le week-end avec au programme du vélo et de la course à pied, avant de s’envoler pour l’ile de la Réunion quelques jours plus tôt que la date initiale du départ de la Diagonale. 

L’occasion de pouvoir découvrir un petit peu l’île et surtout faire un trek sur cinq jours ayant pour objectif de s’habituer à la chaleur, aux montées très longues et pouvoir rencontrer aussi la population locale « qui a le cœur sur la main », comme le dit si bien Chico. Ce moment de partage a également permis aux Bretons de se mettre en jambes avant l’immense défi qui les attendait. Même si d’après Joël « l’ultra ça ne se raconte pas, ça se vit », on a essayé de vous transmettre les émotions qu’ils ont vécues pendant ces deux jours de course. 

« Il fallait aller au bout des choses ensemble »

Nous sommes le jeudi 21 octobre, il est 21h à la Réunion, 19h en Métropole et c’est l’heure du grand départ de la 29e édition de la Diagonale des Fous. Sac sur le dos et lampe frontale sur la tête, les deux compères sont parés. Joël raconte « Au bout de 15 bornes, on a de bonnes sensations et on décide donc de faire la course ensemble. À partir de ce moment-là, on savait qu’on ne devait pas abandonner et qu’il fallait aller au bout des choses ensemble par rapport à cet objectif : faire la course pour nos 50 et 60 ans ».

Le plus vieux de la bande, Chico (60 ans sur la carte d’identité, mais 40 quand vous voyez son physique !) renchérit : « On est bien parti ensemble et on a fait la première partie jusqu’à Cilaos, premier point de survie. On en était à 65km et on se sentait bien. Après, nous sommes arrivés au niveau du Cirque et là-bas, quand tu rentres à pied dans cette partie, il faut être sur de son coup. Il n’y a pas d’hélicoptères qui peuvent passer dans cette zone, mais on était bien en jambes donc on a continué notre épreuve ».

« On a avancé étape par étape »

Mais la suite a été compliquée physiquement pour les deux habitués de ce type de défis. Joël explique : « Il faisait chaud et la partie d’après nous a séché. On s’est alors dit qu’on allait prendre le temps et que notre objectif premier était de finir la course ensemble. On a avancé étape par étape ». Des étapes semées d’embûches avec parfois juste des cordes pour escalader ou des chemins très dangereux au-dessus du vide. De quoi rajouter encore un petit peu plus d’adrénaline pour les athlètes : « On a décidé de passer d’une course offensive à une course d’attente. C’était une tactique naturelle, sinon on aurait été au casse-pipe » (Joël).

Pour sa troisième participation à la Diagonale, Joël se voulait prudent. Surtout que les Bretons rencontrent « de nombreux athlètes couchés par terre tout au long du parcours. Fatigués par la difficulté de l’épreuve ». Une fatigue justement souvent évoquée par le duo. Gilbert raconte : « On s’est arrêté pour dormir au bout de 16h de course, mais on n’a pas réussi. Ce n’était pas l’endroit idéal et finalement on a dormi qu’une seule fois pendant l’intégralité de la course. » Joël s’est d’ailleurs endormi sur la table de kiné quand il était en train d’être massé au niveau de ses nombreuses ampoules sur les pieds : « J’ai dormi dix minutes et on est reparti » (rires).

« Quand on passe le 136e kilomètre, j’ai presque les larmes aux yeux »

Cela ne va bien sur pas arrêter le champion breton qui pointe clairement du doigt la chose la plus difficile lors de cette Diagonale : « Le plus compliqué, c’est le sommeil ! Ça joue sur l’ensemble de l’organisme, puis après tu manques de lucidité. Quand tu es fatigué, tu ressens moins le besoin de manger et de boire et je pense que si on avait dormi plus, on aurait pas eu ce petit coup de moins bien. »

Un petit coup de moins bien qui est apparu lors de la deuxième nuit de course où Gilbert et Joël ont retrouvé deux collègues. Un petit peu par hasard. « On est passé de 2 à 4 et le temps passe plus vite. On avance d’un ravitaillement à l’autre et on les coches au fur et à mesure », se remémore Gilbert. Ce dernier raconte même que les deux amis parlent finalement très peu ensemble et que le renfort de ses deux autres bretons a aussi changé la donne de ce point de vue là. 

Mais même s’ils parlaient un petit peu plus, il ne fallait pas dévier de l’objectif principal : boucler cette Diagonale des Fous. Joël évoque alors l’avancée dans l’épreuve : « On passe par des sentiments très différents. Au début, c’est de l’euphorie avec plus de 80 000 personnes sur les 4/5 premiers kilomètres. On avance ensuite tranquillement. Il y a des moments de doute où tu te demandes ce que tu fais là, tu trouves le temps long. Il fait chaud, il y a aussi une forme de lassitude. 

La fatigue n’arrange rien à tout ça et après quand tu te rapproches de l’arrivée, l’espoir revient. Tu souris, tu as la forme et tu as un regain d’énergie. Et après 100km, tu passes des doutes à l’espoir de finir. Puis enfin, quand on passe le 136e kilomètre, j’ai presque les larmes aux yeux. L’arrivée est dans 30km et je savais qu’on irait jusqu’au bout à moins d’un accident ». 

Objectif rempli pour Joël Caer et Gilbert Loaec !

Ils ont bien franchi la ligne d’arrivée de la Diagonale des Fous ! Une performance majestueuse pour deux athlètes hors pair. Chico, qui s’est remémoré ce moment, raconte : « Ce n’est pas humain de faire 166km avec 9 600m de dénivelé avec des côtes à 30 ou 40%, sur une île volcanique. Les vainqueurs sont ceux qui ont fini. » Le duo breton est donc, lui aussi, le grand vainqueur de cette 29e édition. Un moment de joie et de partage immense pour ces deux champions capables de réussir de sacrées prouesses pendant les 50h de course dont « 47 à avancer et 3 à l’arrêt ».

Gilbert pouvait alors afficher un large sourire au moment de notre rencontrer pour évoquer sa satisfaction « Tout le monde rêve d’avoir cette médaille. Surtout qu’on a réussi à franchir la ligne 20 minutes avant le dimanche. » Un détail important puisque Gilbert Loaec célébrait son 61e anniversaire le 23 octobre dernier. Il a donc eu le temps de le fêter sur le podium avec Joël… en faisant même quelques pas de danse ! De quoi conclure en beauté une des épreuves mythiques de l’ultra trail mondial ! 

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